La personnalité narcissique

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La désignation d'un « pervers narcissique », à la source des maux moraux d'une victime, a fait flores ces trois dernières décennies. Une telle réalité peut être référée, sans pour autant la recouvrir, à ce que le DSM-5, énième nouvelle mouture du manuel de référence internationale en psychiatrie, décrit au rang du trouble de la personnalité narcissique.

En 1931, dans le cadre d'une esquisse des différents types libidinaux, Freud introduit l'idée d'un type narcissique marqué par l'absence de mise en jeu du refoulement et de besoin érotique ( l'intérêt principal étant la conservation de soi-même ), une relative indépendance à la frustration du monde extérieur, ainsi qu'une agressivité patente dans le fait d'être « prêt pour l'action », prédisposant dés lors, toujours selon le même auteur, à la criminalité. Le fondateur de la psychanalyse souligne également le caractère impressionnant que peuvent avoir les narcissiques, le fait qu'ils s'imposent aux autres comme étant des « personnalités », qu'« ils sont particulièrement qualifiés pour servir de soutien aux autres, assumer le rôle de leaders » et qu'ils peuvent « donner au développement culturel des nouvelles impulsions ou porter atteinte à ce qui est établi ».

Alors qu'en Europe, le modèle psychodynamique restait initialement attaché aux notions désormais popularisées de refoulement, d’inconscient et de symptôme, les États-Unis voient se développer, à la fin des années 30, le mouvement de l' Ego-psychologie, basé sur le postulat de l'autonomie et la primauté du Moi dans ses fonctions d'adaptation aux différentes contraintes exercées par la pulsion. C'est dans ce contexte qu'émerge dans les années 60 le concept de « personnalité narcissique », impulsé par des psychanalystes ayant été formés en Europe avant de se retrouver contraints d' immigrer en Amérique où ils ont pu développer leur pratique clinique et échafauder leurs théories autour des vicissitudes de ce « Moi fort », de ce « Moi roi ».

Selon les observations du psychiatre et psychanalyste américain Otto Friedmann Kernberg, instigateur de ce concept, les « narcissiques » ne dépendent qu'en apparence des autres, puisqu'ils sont en fait incapables de dépendre réellement de quiconque, du fait de leur profonde méfiance et du peu de valeur qu'ils accordent à autrui. Ils ne peuvent que dépendre de personnes idéalisées, qui s'avèrent être la plupart du temps des projections de leur Soi hypertrophié.

En effet, si le dit « narcissique » peut admirer l'autre, c'est parce qu'il vit cet « autre » comme une prolongation narcissique de soi-même. Ainsi, s'il peut porter aux nues un héro ou une personnalité éminente, établir avec eux une relation qui ressemble à de la dépendance, c'est parce qu'en fait il se vit uniquement comme une partie de cette personnalité éminente ! Mais si cette personne en vient à les frustrer, il éprouve immédiatement de la haine et réagit systématiquement en dégradant son ancienne idole. Enfin, dans le cas où cette personne disparaît ou est « détrônée », il la laisse aussitôt tomber. Il n'y a donc pas d'investissement affectif de la personne admirée, mais bien un simple utilitarisme à des fins de gain narcissique.

Quand une personnalité narcissique occupe à son tour une position éminente, comme à la tête d'une institution sociale ou politique, ou encore d'une entreprise, elle se plaît à s'entourer de gens qui lui vouent une admiration sans bornes. Par ailleurs, c'est seulement si leur admiration est régulièrement renouvelée ses admirateurs trouveront grâce à ses yeux. Lorsqu'elle pense en avoir extrait toute l'admiration possible, les admirateurs deviennent, sans pitié, de simples « figurants » , exploités et maltraités, dans une scène où la personnalité narcissique pense mener le jeu.

L'impression de vide et d'ennui correspond chez ces patients à leur impossibilité de faire le deuil et de déprimer face à la perte d'un objet aimé, ou d'une image idéale d'eux-mêmes. Kernberg souligne leur difficulté à pouvoir ressentir une dépression. Or, la possibilité même de déprimer, d'accepter le manque d'objet ou la perte d'une image idéale constitue une condition essentielle au développement des sentiments authentiques.

Il est d'ailleurs fréquent que, par l'expression de son inauthenticité, il suscite chez les autres une sensation floue de malaise. Il se distingue par une absence d'empathie, voire par une mise au rebut de tous ceux qui manifestent une difficulté ou un mal-être, c'est à dire de tous ceux qui lui renvoient en miroir ses propres failles, son propre manque.

Dans son versant négatif, la personnalité narcissique peut être située, selon le degré de gravité, dans un continuum avec l'individu dit « anti-social ». Cette extension peut s'étendre à la psychopathie, dans les cas extrêmes où l'individu en question ne peut s'imaginer des qualités éthiques chez les autres, et est incapable de s'investir dans des relations qui ne supposent pas l'exploitation sadique d'autrui.

Dans son versant positif, la personnalité narcissique peut évoluer en « narcissique productif ». Les narcissiques dit « productifs » regroupent des sujets qui ont su, par un travail de sublimation, trouver une issue à leur défaillance narcissique en développant un « savoir faire » menant à la réussite sociale. On retrouve ici la figure du chef d'entreprise visionnaire, ce grand joueur souhaitant changer le monde et qui gagne un sentiment de sécurité en recrutant des « autres » à son image et en les associant à son projet. L'ascension de Steve Jobs en est un parfait exemple.

Le concept de personnalité narcissique trouve son envers, dans le registre de la fiction, autour de l'éclosion puis du déclin de la figure mythique du « super-héro ». Le personnage de BATMAN illustre bien cette promotion du « Soi grandiose » dans une culture américaine qui, depuis ces origines, paraît fascinée par l'individualisme. Doté de gadgets lui permettant de contourner la confrontation avec les frontières de l'Impossible, il semble se suffire à lui-même... jusqu'à ce que la rencontre avec une femme qu'il croise sur son chemin, finisse par le faire vaciller en le plaçant en proie au doute.

Si la fascination exercée par les super-héros semble battre de l'aile depuis la fin des années 90, c'est sûrement parce qu'avec l'avènement des jeux vidéos et de l'interactivité offerte par Internet, les semblants des avancées technologiques permettent à chacun, quelque soit sont âge ou ses conditions physiques et sociales, de devenir à son tour un « super-héro », c'est à dire d'incarner le protagoniste dans cette traversée de l'épopée de l'Ego.

D'un point de vue plus pragmatique, comment se positionner à l'égard d'une personne identifiée comme « narcissique » ? La fin justifiant chez elle les moyens pour mettre en oeuvre un Monde à son image, il conviendrait de prendre garde à ses tentatives de manipulation visant à tirer profit de ceux qui gravitent autour d'elle, quand elle en vient à alterner à leur endroit chantage, culpabilité et vile flatterie. Puisque tout lui est dû, dans son fantasme qui donne consistance à son sentiment d'omnipotence et d'impunité, la négociation, la réciprocité et le donnant-donnant ne sont que difficilement envisageables.





Nicolas Delorme

Nicolas Delorme, Psychothérapeute sur Saint Malo

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